Le prince Yvain contemplait les décombres du village. Défier l'autorité royale était la dernière des choses à faire. Mobagia avait eu l'occasion de le vérifier. Les maisons en chaumes s'étaient embrasées avec délice. La fumée noire s'élevait comme un avertissement pour le reste de la population Alzernienne. Les habitants quant à eux avaient été tués, sans distinction de sexe ou d'âge. Le roi n'aimait pas avoir recours à ces méthodes mais ces stupides paysans avaient commencé à organiser une révolution. Un coup des pirates strogiel, avait-t-il amèrement pensé. Il avait donc envoyé son fils et un petit détachement de soldats pour éttouffer toute forme de résistance. Yvain n'avait pas eu son mot à dire. Il était parti pour cette répression avec une bande de tocards. Et maintenant il regardait l'étendue du massacre qui venait de se produire. Il était pris de remord. Pauvres enfants qui n'avaient rien demandé. Pour essayer de se déculpabiliser un peu, il se dit que les laisser orphelins n'aurait pas été un grand cadeau. Cependant cela ne lui avait apporté aucun réconfort. Il chercha un autre moyen de se faire pardonner des dieux qui grondaient désormais au dessus de la tête. L'orage menaçait. La déesse de la guerre était heureuse bien entendu, mais qu'en était-il de la déesse de la sagesse, la protectrice du village. Elle devait être furieuse. Que devait-il faire pour apaiser son courroux?
La réponse vint par elle même quand il entendit des bruits de combat derrière lui. Se retournant lentement, il put voir l'adolescente qui donnait tant de mal aux soldats. Grande, brune, elle était d'une beauté saisissante. Son regard vert éclatant se posa sur lui. Elle n'arrêta pas pour autant de se battre. Les deux dagues qu'elle brandissait devenait des armes meurtrières, tranchant tout ce qui passait à leur portée. Elle dansait entre ses adversaires avec la grâce d'un félin. Un chevalier arriva derrière elle et lui assena un coup du pommeau de son épée entre les omoplates. Elle s'écroula. Deux fantassins l'empoignèrent par les épaules pour la relever. Le guerrier à cheval allait lui donner la mise à mort quand Yvain l'arrêta.
« Son Excellence veut peut être finir le travail par lui même?
-Relachez là et donnez lui une arme. Je veux lui donner la chance de sauver sa peau. Si elle gagne, elle sera libre. Si elle perd, elle viendra au château ou Père décidera de son sort. Elle ferait une très jolie femme de chambre. »
Les hommes, un peu surpris, obéirent malgré tout aux ordres. On la libéra et on lui donna une épée. Les soldats formèrent un cercle autour des deux combattants. La plaine était calme. Le vent soufflait par rafales, attisant les flammes qui léchaient avidement les batisses encore debout. Le cri d'un oiseau de proie se fit entendre dans le lointain. En levant la tête, on pouvait l'apercevoir tourner haut dans le ciel.
La jeune femme se concentrait. Elle voulait sa liberté. La mort ne l'effrayait pas, ce qui lui faisait le plus peur était la détention qui la précèderait inévitablement. Cependant, elle n'avait jamais aimé les combats à l'épée et se doutait que le prince serait un adversaire redoutable.
Yvain admirait son calme et la beauté. Elle semblait perdue dans ses pensées à mille lieux de là. Malgré ce qu'il avait pu dire, la vraie raison de ce combat était le sauvetage de la fille. Elle le fascinait. Des proportions parfaites, des formes envoutantes,un visage divin, des yeux superbes.
Elle décida de passer à l'action pendant qu'il réfléchissait. Ce n'était pas très honorable mais c'était sa seule chance de s'en sortir. Sa lame fut rapide. Elle fondit droit sur le côté de son assaillant. Le choc fut rude. Le fer de l'homme avait arrêté sa course. Le temps qu'elle se remette en garde, le prince avait déjà posé la pointe de son arme sous sa gorge, mettant fin au combat. Il lui ordonna de lacher son épée. Elle s'exécuta, sentant le froid de l'acier sur sa peau nue. Un homme la ceintura, lui écorchant les poignets. Elle sentit la fureur s'emparait d'elle, pourtant elle ne fit rien. Il était inutile de provoquer la colère de ses agresseurs. Des larmes de rage perlèrent à ses yeux. Elle essaya de les arrêter mais c'était peine perdue. Alors elle fit retomber ses cheveux chatains devant son visage pour essayer de les cacher.
Elle fut ligoter sans ménagement et jeter sur le dos d'un cheval en travers de la selle. Les cavaliers prirent la direction d'Adagio, capitale d'Alzernia. Pour cela, ils devaient traverser la forêt. La terre alzernienne était florissante. Le nombre d'espèces de végétaux dépassait l'imagination humaine. Quand ils entrèrent dans les bois, les bruits de la population les submergèrent. Les chants des oiseaux envahissaient tout l'espace. Les frondaisons empêchaient la lumière de parvenir jusqu'à eux, les plongeant dans une obscurité rassurante. Les plantes grimpantes envahissaient la plupart des arbres. Quand les montures réclamèrent du repos, le prince décréta enfin une pause. La prisonnière fut reposée sur le sol. On lui donna un morceau de viande séchée qu'elle machouilla sans grande conviction. Son dos la faisait terriblement souffrir et elle doutait pouvoir remarcher un jour. Ils avaient six heures de repos avant de repartir. La jeune femme se roula en boule comme elle le put et s'endormit rapidement.
Yvain prit le premier tour de garde. De toute façon, il ne parvenait pas à fermer l'oeil. Trop de pensées se mélangeaient dans sa tête. Qui était cette fille? Qui lui avait appris à manier les dagues ainsi? Pourquoi l'avait-il sauver? Mais toutes les réponses semblaient se dérobaient dès qu'il s'en approchait. Déçu et irrité, il concentra son attention sur les bruits alentours. Aucun n'indiquait une quelconque agitation. Une attaque demeurait très peu probable.
Au bout d'une heure, il réveilla celui qui prenait la relève puis alla se coucher, sans pour autant parvenir à se reposer. Il venait à peine de tomber dans le sommeil qu'on le secoua pour reprendre la route. Il se mit en selle sur sa fidèle licorne.

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