Elle ne savait pas depuis combien de temps elle était là, la tête de son sauveur sur les genoux. Après qu'elle ait réussi à l'arracher des poings des autres prisonniers, il avait perdu connaissance. Elle s'était alors assise dans un coin reculé de la cellule et l'avait amené près d'elle. Les détenus s'étaient apparement résignés. Pourtant elle sentait leurs regards insistants et entendait leurs chuchotements. Malgré sa peur, elle demeurait parfaitement calme. Une vieille chanson que le barde du village avait l'habitude de chanter lui revint en tête. Elle aimait bien cet homme. Il demeurait l'une des rares personnes sympathiques avec elle. Quand il racontait ses histoires, il lui adressait de petits sourires pendant qu'elle vidait les poches des gens trop absorbés par les talents du narrateur pour se rendre compte qu'une petite main se faufilait près de leur bourse. C'est ainsi qu'elle avait réussi à survivre jusqu'à aujourd'hui. Cependant ses multiples talents ne lui seraient ici d'aucune utilité. A quoi servir de voler si les gens qui l'entouraient étaient encore plus pauvres qu'elle? Ses bases de combat rudimentaires ne pourraient rivaliser avec la force brute le cas échéant. Sans qu'elle s'en rende compte, elle entonna la mélodie de son vieil ami. Le silence se fit dans le cachot. Tous les hommes semblaient fascinés par sa voix d'enfant.
Une enfant, quelque chose qu'elle avait cessé d'être voilà bien longtemps. En réalité, elle n'avait pas le souvenir de s'être considérée une seule fois comme une enfant. Elle avait eu la responsabilité de se nourrir et de se vêtir depuis toute petite.
Elle fut sortie de ses pensées par le réveil de son nouveau protecteur.
« Tu as une voix sublime. »
Elle se sentit rougir. Elle n'était pas habituée aux compliments, pas plus qu'au fait qu'on lui adresse la parole. Elle détourna la tête rapidement et se mit à fixer la fissure dans le mur qui lui parut soudain passionante. L'homme lui prit tendrement le menton et la força à le regarder. Il fut happer par ses yeux verts.
« Je m'apelle Elijah. Quel est ton nom?
-Un nom? Je n'en ai pas, répondit-elle, très gênée.
-Tu n'as pas de nom?! Mais que...? Laisse toi faire, voyons ton tatouage. »
Il l'attira doucement vers lui, dégagea son cou des cheveux qui le cachaient et ne put retenir une exclamation de surprise. Cette fille n'avait pas de tatouage! Pas de marque de reconnaissance. Elle n'existait pas. Quelques prisonniers se rapprochèrent pour savoir ce qui se passait. L'hostilité avait disparu dans leur regard en remarquant l'absence de ce signe pourtant obligatoire pour tous les parents. Même en cas d'abandon, il fallait tatouer son enfant dès sa naissance. On indiquait ainsi le prénom et la nationalité du nouveau né.
Au centre de toute cette attention, la jeune fille ne savait plus quoi faire pour qu'on l'oublie, qu'on l'ignore. Terrorrisée, elle se sentait comme un oiseau convoité par des chats. Beaucoup de chats. Elle ne put réprimer le tremblement qui l'agita.
« Reculez! Vous l'effrayez!
-Et c'est ça la terrible guerrière qui nous a tous fait fuir tout à l'heure. Nous sommes pitoyables, intervint un condamné.
-Disons qu'elle avait su se montrer plus convaincante, répliqua un autre.
-Maintenant nous allons pouvoir nous amuser, déclara le balafré en s'approchant.
-Pas touche Kain! »
La voix d'Elijah avait claqué. Il était prêt à se battre s'il le fallait. Il se leva, protégeant la jeune captive derrière lui. Kain fut plus rapide. Le coup de poing qu'il lança frappa ¨son adversaire dans le ventre. Elijah s'effondra. La jeune captiveregarda avec espoir la porte qui venait de s'ouvrir sur un garde.


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