La porte s'ouvrit avec fracas. Le garde regarda la scène avec une sorte de fascination sordide. Ils dormaient tous à même le sol dans leurs excréments. Ils étaient tombés bien bas. Il se fit un plaisir de jeter un seau d'eau glacée dans la pièce, réveillant les prisonniers d'une manière fort peu engageante. Ils se relevèrent en grognant et s'alignèrent en rang. On les fit sortir dans la fraîcheur de cette matinée d'été. La rosée du matin leur mouillait les pieds.
« Première leçon aujourd'hui, testons votre endurance! s'exclama l'officier chargé de s'occuper d'eux. Vous allez courir dans ce champ le plus longtemps possible. Plus vous tiendrez longtemps et plu vous mangerez. En sachant que le premier à s'arrêter devra se contenter de regarder les autres. Exécution! »
Le groupe se mit à trottiner doucement. Après avoir été menacé, il accéléra progressivement tout en faisant preuve de la plus mauvaise volonté du monde. Les hommes se bousculaient pour forcer les gens à tomber. La jeune femme fut la première à y passer du fait de son poids léger et de sa faiblesse. Elle chuta violemment. Ses genoux tapèrent contre la pierre. Elle avait mal et ne parvenait pas à se relever. Les soldats regardaient la scène avec amusement. Le groupe de prisonniers repassa, la piétinant. Elle hurla de douleur. L'officier réagit enfin. Il l'attrapa par le col, la tira à l'écart de la piste et la gifla. Sa lèvre éclata sous le choc. Son sang pourpre s'écoula le long de sa gorge.
« Tu vas regretter d'avoir refusé la proposition de notre Princesse. Les femmes n'ont rien à faire dans l'armée. »
Il la frappa de nouveau. Les prisonniers qui couraient s'arrêtèrent pour assister au spectacle. L'officier ne dit rien, trop heureux d'avoir enfin quelqu'un à humilier après tant d'années où il avait lui même été traité comme un moins que rien.
Quand elle retourna dans le cachot, son estomac demeurait vide. Même si elle savait pertinement ne rien pouvoir avaler, cela la peinait. Elle aurait voulu prouver à tous qu'elle était forte. Que les femmes étaient les égales des hommes. Pourtant elle savait que c'était impossible. Elle n'était pas invincible et se ferait briser si elle restait ici. Il aurait fallu qu'elle s'affirme, qu'elle prouve sa supériorité, ou tout au moins qu'elle impose le respect. Elle en était incapable.
Il n'était plus une seule partie d'elle qui ne fut blessée. Tant physiquement que moralement. L'humiliation avait été portée à son comble. Du moins le croyait-elle. Elle avait du mal à imaginer pire. C'était mal connaître l'Homme. Elle se doutait que son traitement du lendemain ne serait pas de tout repos et chercha le sommeil. On lui avait donné une cellule seule. Ce n'était pas de la pitié, seulement l'assurance que les autres ne la tuent pas dans la nuit. Car l'officier avait maintenant besoin d'elle, à la fois pour qu'elle lui serve d'exemple et de bouc émissaire, mais aussi pour des motivations plus personnelles. Elle le savait. Elle avait vu la fureur dans ses yeux.
Soupirant, elle chercha une position qui la ferait moins souffrir. En vain. Sa peau n'avait été épargnée nulle part. Comment pouvait-on être aussi méchant? Elle l'ignorait et ne comprenait pas. Elle n'avait jamais fait de mal à personne. C'était le premier de ses principes.
Elle se figea quand elle entendit un bruit provenant du soupirail laissant filtrer un peu d'air dans sa prison. Deux yeux jaunes perçaient la nuit. Elle frissona et se recula vers le fond de la pièce.Un grognement s'éleva de la masse sombre qui lui cachait la lumière de la lune. Effrayée, elle étouffa un cri qui signifierait sa présence. C'était idiot car la bête, quoi qu'elle soit, avait un odorat surdéveloppé. Et elle devait être énorme. Plus que la limite autorisée en tout cas.
Voila ce que j'appelle un
réveil en douceur. 






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